5 juin 2026
Arnaques visant les aînés : prévenir, reconnaître et agir
En bref : Les fraudes ciblant les aînés au Canada coûtent des centaines de millions de dollars chaque année, plus de 569 millions en 2022 selon le Centre antifraude du Canada, et la majorité des victimes ne signalent rien. Cet article aide à reconnaître les quatre fraudes les plus courantes (faux petit-enfant, faux soutien technique, hameçonnage, arnaque amoureuse), à repérer les signaux d'alerte et à savoir comment réagir. Les arnaques visant les aînés se multiplient au Canada. En 2023, le Centre antifraude du Canada (CAFC) a recensé plus de 50 millions de dollars de pertes liées aux seules fraudes amoureuses, dont 2,7 millions chez les de 60 ans et plus. Et selon les autorités, moins de 5 % des victimes signalent ce qu'elles ont vécu, la réalité est donc bien plus large que les statistiques officielles. Aux Résidences du Manoir, dans les Laurentides, de Saint-Sauveur à Sainte-Agathe-des-Monts en passant par Sainte-Adèle, nous accompagnons quotidiennement des aînés et leurs familles. La sécurité ne s'arrête pas aux portes de nos résidences : elle passe aussi par l'information et la vigilance face à des fraudes qui se sophistiquent d'année en année. Cet article propose des repères simples pour mieux les repérer, les éviter, et savoir vers qui se tourner. Être vigilant, ce n'est pas vivre dans la méfiance. C'est se donner les bons réflexes pour mieux se protéger.Pourquoi les aînés sont-ils plus souvent ciblés par les fraudeurs?
Les fraudeurs ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Selon le Centre antifraude du Canada et l'Autorité des marchés financiers (AMF), ils s'appuient sur quatre leviers psychologiques très concrets :- l'urgence pour empêcher la victime de prendre le temps de vérifier
- la peur d'un proche en danger, d'une amende, d'un piratage
- la confusion créée par un vocabulaire technique, juridique ou administratif
- La confiance exploitée à travers des relations qui s'installent dans la durée
- l'isolement qui rend une approche chaleureuse plus précieuse et plus difficile à remettre en question
- une période de transition (deuil, déménagement, hospitalisation), pendant laquelle on est moins disponible pour vérifier
- le fait d'avoir accumulé un patrimoine au fil d'une vie de travail, ce qui rend la cible plus rentable pour un fraudeur
- une relation au numérique parfois plus récente, qui rend certains pièges en ligne plus difficiles à reconnaître
Quelles sont les arnaques les plus courantes visant les aînés?
Quatre grandes familles de fraudes reviennent constamment dans les signalements au Canada. Les connaître, c'est déjà commencer à les reconnaître.1. L'arnaque du « faux petit-enfant » (ou besoin urgent d'argent)
Le scénario est presque toujours le même. Le téléphone sonne. Au bout du fil, une voix tremblante : « Mamie, c'est moi, j'ai eu un accident… surtout, n'en parle pas à maman. » Parfois, un « avocat » ou un « policier » prend le relais pour réclamer une caution, en argent comptant, en virement Interac ou en cartes-cadeaux. Cette fraude que le CAFC appelle aussi la fraude liée au besoin urgent d'argent a coûté plus de 23 millions de dollars aux Canadiens depuis 2021. Avec l'arrivée du clonage vocal par intelligence artificielle, certains fraudeurs reproduisent même la voix d'un véritable petit-enfant à partir de quelques secondes captées sur les réseaux sociaux. Le ressort principal reste le même : la pression émotive, et la consigne de « n'en parler à personne ». Le bon réflexe : raccrocher, prendre le temps de respirer, puis rappeler le proche concerné directement, au numéro déjà enregistré dans ses contacts. Jamais celui que l'appelant a fourni. Si l'inquiétude persiste, appeler un autre membre de la famille pour vérifier où se trouve réellement la personne.2. Le faux soutien technique
Vous naviguez tranquillement sur Internet, et soudain : une fenêtre rouge s'affiche, parfois accompagnée d'une alarme sonore. « Votre ordinateur est infecté. Appelez immédiatement Microsoft au… » Au bout du fil, un « technicien » très rassurant propose de prendre le contrôle à distance pour « nettoyer » l'appareil. C'est une arnaque. Comme le rappelle Pensez cybersécurité, la campagne nationale du gouvernement du Canada, aucune entreprise légitime (Microsoft, Apple, Bell, Vidéotron, votre banque, etc.) ne contacte ses clients de cette manière. Le but du fraudeur est d'installer un logiciel d'accès à distance, puis de soutirer de l'argent ou de vider un compte bancaire. Une variante consiste à demander un paiement immédiat « pour le dépannage », souvent quelques centaines de dollars, parfois bien plus. Le bon réflexe : fermer la fenêtre (au besoin, redémarrer l'ordinateur), ne jamais rappeler le numéro affiché, et ne jamais autoriser un accès à distance à une personne qui vous a contacté de façon non sollicitée. Si vous avez déjà donné l'accès, débrancher l'ordinateur d'Internet, changer ses mots de passe depuis un autre appareil, et contacter sa banque.3. L'hameçonnage par courriel ou texto
Un courriel de votre banque vous demande de « confirmer vos informations ». Un texto de Postes Canada annonce un colis bloqué et un petit montant à payer. Un message de l'Agence du revenu du Canada réclame un remboursement. L'intention est toujours la même : vous faire cliquer sur un lien qui mène vers un faux site, conçu pour récolter mots de passe, numéros de carte ou numéro d'assurance sociale. Quelques signaux récurrents permettent de repérer ces messages :- un ton pressant ou des menaces (« votre compte sera fermé dans 24 h »)
- une adresse d'expéditeur inhabituelle (info@bnc-securite-clients.com plutôt que @bnc.ca)
- des fautes d'orthographe ou de syntaxe bien que l'IA les fasse de plus en plus rares
- un lien dont l'aperçu (qui s'affiche en survolant) ne correspond pas à l'organisation
- une demande d'informations sensibles : mot de passe, NIP, numéro d'assurance sociale, date de naissance complète.
4. L'arnaque amoureuse (ou fraude sentimentale)
L'arnaque amoureuse, aussi appelée fraude sentimentale ou romance scam, fonctionne autrement. Pas de pression immédiate, pas d'urgence soudaine. Le fraudeur prend le temps. Il ou elle vous écrit chaque jour, partage des photos, raconte sa vie, dit comprendre ce que personne n'a jamais compris. Une vraie relation s'installe — du moins de votre côté. Puis, après quelques semaines ou quelques mois, la première demande arrive. Une urgence médicale. Un blocage de compte à l'étranger. Une opportunité d'investissement « entre nous ». Selon l'AMF, certains signaux récurrents permettent d'identifier une tentative :- la personne dit avoir des sentiments forts pour vous, mais vous ne l'avez jamais rencontrée en personne
- elle propose rapidement de continuer la conversation hors de la plateforme de rencontre (WhatsApp, courriel)
- elle vit ou travaille à l'étranger, et trouve toujours une raison de reporter la rencontre
- ses photos semblent un peu trop parfaites, ou apparaissent ailleurs sur Internet (recherche d'image inversée Google)
- une demande d'argent finit par arriver, souvent liée à une « urgence »
Quels signes peuvent indiquer une tentative de fraude?
Au-delà de la mécanique propre à chaque arnaque, certains signaux d'alerte se retrouvent dans presque toutes les tentatives. Si l'une de ces situations se présente, c'est le moment de s'arrêter :- un sentiment d'urgence (« vous devez agir tout de suite, sinon… »)
- des menaces ou de la pression (amende, arrestation, fermeture de compte)
- une demande de confidentialité (« n'en parlez à personne, surtout pas à votre famille »)
- une demande d'informations sensibles : mots de passe, NIP, NAS, accès à votre ordinateur
- une demande de paiement inhabituelle : cartes-cadeaux iTunes/Google Play, virement Interac à un inconnu, crypto monnaie, argent comptant remis à un coursier
- un interlocuteur qui refuse de raccrocher, ou qui rappelle plusieurs fois
Comment réagir et se protéger face à une fraude?
Face à une situation suspecte, quelques réflexes simples réduisent énormément les risques. La règle d'or : on ne perd jamais rien à prendre cinq minutes pour vérifier. Avant d'agir : la règle des trois pauses- Faire une pause. Aucune vraie urgence ne tient en quelques minutes. Si on vous presse, c'est déjà un signal.
- Faire une pause. C’est de vérifier auprès d'un proche ou de l'organisation concernée, en utilisant un numéro officiel, jamais celui fourni par l'appelant.
- Faire une pause. Ne jamais partager ses mots de passe ni autoriser un accès à distance à son ordinateur ou son téléphone, même à un « technicien ».
- contacter immédiatement son institution financière pour bloquer cartes, virements ou comptes. Plus la réaction est rapide, plus la banque a de chances de récupérer les fonds.
- signaler à son service de police local. Au Québec, il est aussi possible d'appeler Info-Crime au 1 800 711-1800.
- signaler au Centre antifraude du Canada (1 888 495-8501) ou via leur outil en ligne.